Le monde de demain
Depuis que Belle brute s'est mis au télétravail, la vie a l'air d'être plus facile. Ce soir nous sommes allés nous promener sous la pluie, et nous avons bu des verres. Dans un café où il y a un deuxième étage, je suis montée et au palier du premier j'ai vu : un jeune garçon avec un laptop, casque sur les oreilles, le regard sérieux - voire hostile ; je n'étais pas très étonnée, j'ai déjà vu dans les trains des enfants robotisés (les parents sont tranquilles et la technologie - "ce n'est pas bêtement la télé "- leur donne la discutable certitude d'être des élus dans la longue marche du progrés). Hostile et assuré. Parce que lui aussi se sent à la pointe de la modernité. À côté de lui, un détail remarquable : une mitraillette en plastique. Le mélange Matrix-guerrilla populaire m'a laissé un drôle de goût jusqu'aux toilettes (oui, c'est là que j'allais), et quand je suis repassée devant lui, je n'ai pas pu m'en empêcher, il fallait que je lui demande : "Tu parles français ? Quel âge as-tu ?" L'homme à côté de lui, qui semblait être son père, m'a demandé en anglais un truc du genre "Qu'est-ce que tu lui veux ? (salope pédophile)", ses voisins de table ont traduit ce que je demandais - ils étaient russes je crois. Le petit garçon avait dix ans, il était un peu effrayé de cet intérêt bizarre et du tour que prenaient soudain les choses. Moi j'ai dit "Ten ? What a future !" (j'avais un peu bu)
Si on ajoute à ça que la serveuse dudit café a un drôle de regard (on a l'impression qu'à la moindre contrariété elle va assassiner tous les clients à coups de hache), on comprendra vite à quel point je suis heureuse d'être rentrée. Et maintenant, je vais manger de la soupe - il n'y a que ça de vrai, décidément.