Le skater danois
Trois journées contemplatives sur les gradins brinquebalant du world skate contest de Prague cet été. À la fin de l'après-midi du deuxième jour, cinq skaters s'entraînaient dans le bowl aux pentes vertigineuses, se laissant courtoisement la place et respectant scrupuleusement l'ordre des passages. Les skaters sont la quitessence du cool : sportifs mais punk, sponsorisés mais un peu crades, ils traversent les océans mais peuvent repasser mille fois sur un handrail.
Un jeune homme semblait différent des autres. Il était grand et manquait de souplesse, avait l'air d'un puceau alors que les autres sentaient la sueur, le teint pâle parmi les visages brunis par la poussière et le soleil des grandes villes. C'était un moment de jeu gratuit, la sélection du lendemain venait d'être annoncée et lui ne faisait pas partie des finalistes. Son air têtu et sérieux était un peu triste. Tenace et concentré il répétait une figure jusqu'à la maîtrise totale, puis passait à une autre plus difficile. Un homme plus âgé est venu le chercher alors que son tour approchait et qu'il se tenait au bord du bowl. Il a baissé la tête et compris qu'il était temps de partir. Il a pris son sweat-shirt à capuche et a suivi l'homme, qui n'avait pas l'air de rigoler. Soudain maladroit, lui qui était un des seuls à passer l'arête la plus vive sans perdre de vitesse, il s'est retourné une dernière fois pour faire un signe, ce n'était pas son genre de lancer un salut désinvolte. Il n'a croisé le regard de personne, son signe s'est perdu dans le vide. Il s'est encore un peu penché et il a disparu.