Je n'ai pas bu de bière ce soir
Dans ma lutte pour ne pas m'effondrer dans une solitude consentie mais qui ne m'en semble pas pour autant moins vaine, à faire de la gymnastique et à acheter des légumes (alors que j'ai toujours hautement méprisé ceux qui, par exemple, mettent un casque et un gilet jaune pour faire du vélo - leur reprochant toujours, après m'en être étonnée, de tenir tellement à leur peau), je lisais ce soir Charlie Hebdo (et je me demande pourquoi on me trouve ringarde). Pour faire revenir la colère, car je reviens de loin : l'indignation est aujourd'hui tellement partagée que mon snobisme intellectuel m'a poussée ces temps-ci à une autre idée, que j'ai pourtant toujours considérée comme le comble de la négligence : tacher d'être heureuse et rester honnête alors que le monde se casse la gueule ; c'est ce que je disais hier à l'Ami-qui-n'a-toujours-pas-terminé-sa-convalescence-mais-qui-n'habite-plus-chez-nous. En m'entendant si souriante, j'ai eu honte de devenir si facilement (c'est le printemps !) une sorte de hippie néo-libérale. Et, thérapie de groupe de dix ans oblige, l'Esthète angoissé m'a dit plus tard qu'il fallait que je cache ma joie - au moins ici.
Aussi, ouvrons ensemble une petite fenêtre sur le monde, et marchons vers la révolte.
Nos raisons sont innombrables, mais une de celles qui me laissent perplexe (les jours de calme) ou m'enragent (les jours de calme où je ne pense pas trop à mon petit cul), c'est d'assister au bousillage de certaines structures sociales (oui, j'ose le dire (de toute façon je n'ai jamais été anarchiste) : le service public), qui comptent parmi ce que les êtres humains avant nous ont fait de mieux. Un certain pays, tête de file de la médiatisation des mauvais sentiments que je ne nommerai pas ici (un indice : on y parle la même langue que moi), en tout cas ceux qui le font fonctionner (?) ont en tête, par exemple, de privatiser le SAMU (j'ai mes sources).
Fermez les yeux (après avoir lu), et imaginez : vous tombez sur un alcoolique polonais, face contre terre (dans mon histoire, la terre c'est le trottoir), et la terre se recouvre de son sang. Un de ses amis vous arrête pour que vous appeliez les secours. Vous appelez, pendant que vos biscottes du matin s'agglutinent comme les collabos chez H&M un jour de réassort (oui, j'insiste). Et votre clope est vraiment dégueulasse quand la standardiste vous demande "Est-ce qu'il respire ?"
Imaginez maintenant que les secours soient privés : est-ce qu'ils viendraient pour un alcoolique polonais ? Est-ce que vous appelleriez, sachant qu'ils pourraient vous faire payer, vous, la personne qui a téléphoné pour commander leurs services ? Les bons sentiments ne font pas long feu dans un monde de merde.
La prochaine fois, je vous parlerai de la vision que j'ai eue devant une boîte aux lettres.